Eustache était du genre timoré. Pas qu’il soit casanier ou quoi que ce soit, mais quand on l’écoutait raconter ses aventures, immanquablement, il finissait par commencer ses phrases par «t’y m’aurais vu faire ci, t’y m’aurais vu faire ça». Les gens disaient qu’il brode, qu’il affabule, qu’il fantaisise. Moi, je m’en foutais pas mal que ce soit vrai ou pas, car à chaque fois qu’il racontait une histoire, il m’emmenait avec lui, loin de notre quotidien crasseux.

Parfois, la vie tient à un coup de sifflet. Le sifflet d’un train, le sifflet d’un arbitre, le sifflet du maître qui rappelle son chien et tellement d’autres encore. Je vis dans une maison de banlieue avec Maman, Papa et mon petit frère Léo. Maman me dit que j’accroche les mots quelques fois. Maman et Papa travaillent et Léo fait que me suivre partout. Maman dit que je suis sa grande sœur alors j’ai des réponses à débilité.

Il était une Foi, moi. J’étais entouré d’objets et perdu comme jamais. Le chant de l’oiseau m’agressait quand le ronron de la ville m’apaisait. Quelle drôle d’idée. Je ne connaissais rien du vivant et je m’engonçais de béton. On m’avait donné des bagages et une direction. On m’avait dit : Va par là, tu seras heureux. On m’avait montré l’horizon. Personne ne m’avait dit que c’est une ligne imaginaire.

On y arrive par un chemin blanc, le cerfeuil sauvage y fait pétiller le mois de mai comme autant de bulles de champagne. Deci, delà, des alliaires, de la consoude, des stellaires, une orchidée parfois aussi. Des plantes qu’on ne regarde plus, masquées d’ordinaire.