Introduction à la rédaction d’un article

Pour la majorité d’entre nous, rédiger un article s’apparente à grimper dans un arbre, les yeux bandés, les mains attachées dans le dos, en chantant Mon beau sapin avec Juste une bibine en choriste. 

Parce que nous ignorons ce que c’est. Mais alors … Écrire un article, c’est quoi ? C’est avoir envie de partager un sujet avec d’autres personnes qui ne sont pas moi. Pour bien faire la chose, cela demande de la préparation. 

  • De quoi parlons-nous ?

Prenons un exemple pour illustrer le propos. J’ai envie d’écrire sur la reproduction de la moule en eau douce. Avant d’entrer dans le vif du sujet, rappelons-nous que nous ne pouvons exiger des autres qu’ils aient les mêmes savoirs, les mêmes façons de penser que nous et inversement. Il est donc farfelu de supposer que notre lecteur sera capable de lire dans nos pensées. Alors, avant d’écrire, questionnons-nous : qu’est-ce que j’y connais ?

  • La méthode 

Je me fais un tableau à trois colonnes et je suis objectif autant que puisse l’être un animal subjectif.

Aucun texte alternatif pour cette image

Bien évidemment, ce n’est pas le tout de dire oui ou non dans les colonnes, il faudra s’évertuer à donner la définition, même si c’est laborieux. De cette manière, nous écartons les risques d’incompréhension ou de compréhension biaisée en nous assurant de la solidité de nos fondamentaux.

Ne pas savoir n’est pas honteux.

Rester dans l’ignorance, ça l’est. 

  • L’envie

Qu’est-ce qui fait que j’ai envie d’écrire sur ce sujet en particulier ? La colère ? Le dégoût ? L’indignation ? La fierté ? La joie ? L’enthousiasme ? Le sujet est un moyen pour délivrer un message. Autrement dit, quand je suis incapable de le dire avec des mots simples, c’est que j’ai besoin de laisser maturer mes idées. J’ai envie de partager mais ma pensée est brouillonne et c’est frustrant. Que faire ? S’obliger une discipline, une méthode. Est-ce que je connais le sujet ? Oui, alors je peux le définir avec des mots simples. Non, je reprend les bases, les définitions. Ça peut être un processus douloureux car cela peut égratigner notre image que nous avons de nous-mêmes. Pourtant, in fine, connaître ses limites, c’est connaître son potentiel.

Être humble, c’est aussi être indulgent avec soi-même.

Quand j’étais minot, quand j’étais en cours, j’étais tétanisé à l’idée de ne pas être en mesure de comprendre ce que disait le professeur. Enfin c’était surtout la peur du courroux parental en cas d’échec. À aucun moment, dans ma tête de mioche, je me suis dit que le professeur pouvait être limite dans sa méthode pédagogique. Quand quelqu’un ne comprend pas ce que je lui raconte, je ne me dis pas qu’il est bête. Je me dis que je n’ai pas utilisé les bons mots.

  • La volonté

Reprenons notre exemple. Est-ce que mon lecteur connaît la moule d’eau douce ? Oui, je m’adresse à des spécialistes, dans ce cas, nul besoin de rappeler les basiques sur le sujet. Non, alors je dois définir les fondamentaux sans écraser mon lecteur de mots savants. Cela dit, si je ne peux pas faire autrement car il n’existe qu’un seul mot technique pour le dire, alors j’ajoute une note en bas de page[1] pour donner une définition solide. Par contre, si c’est pour lui faire sentir à quel point il est ignorant ou pour montrer à quel point on est fort, supérieur, nous passons à côté de l’objectif premier : partager.

Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement.

Nicolas Boileau 1636-1711
  • L’illustration

Une image vaut mille discours et il est vrai que le mot ne dit pas tout. Le mot est une approche conceptuelle et donc partielle d’une réalité gigantesque. Par contre, si nous imageons le propos, c’est autre chose. Nous quittons la théorie abstraite pour une théorie concrète comme lorsque nous avons recourt à l’exemple. Imaginons que nous voulons écrire sur la relation symbiotique [2], nous pouvons illustrer avec les lichens ou, pour un exemple plus parlant, de l’Acacia cornigera[3]. C’est un arbre épineux qui fournit le gîte et le couvert à des fourmis qui le défendent des brouteurs en retour. Dans le cas de l’acacia, cela nous permet de développer sur le caractère multi acteurs d’un organisme dans son écosystème. Et si nous adoptons notre point de vue d’humain, ensuite celui de la fourmi, puis celui d’un brouteur et enfin celui de l’acacia lui-même, nous pouvons démontrer que, même si nous sommes dans un même contexte, les positions seront différentes. L’humain s’en fout puisque non impacté. La fourmi est ravie. Le brouteur est furieux. L’acacia est peinard.

  • Microscope, macroscope

Quand nous adoptons tous ces points de vue, cela nous permet de moduler la focale jusqu’à la vue holistique[4]. Pour reprendre le cas de la moule d’eau douce, aussi appelée Anodonte, c’est un mollusque filtreur d’eau qui ne supporte pas la pollution. La pollution est la présence trop importante d’un élément dans un milieu. Une absence, c’est une carence.  Je pourrais commencer le texte en nous demandant pourquoi les populations de moules sont principalement femelles en aval des villes[5]. Ce qui me permettrait ensuite d’y répondre. Entre nous, répondre sans qu’il n’y ait eu de question avant, c’est un peu bizarre non ?

  • C’est l’histoire d’un mec

Un article, c’est comme une histoire drôle. Il y a un début, un milieu et une fin. Le début permet de planter le décor. C’est une introduction du sujet. Une introduction, c’est un entonnoir qui donne envie de connaître la suite. Pour le cas de notre anodonte, cela pourrait donner ceci :

Qui n’a jamais flâné au bord d’une rivière d’Europe occidentale ? Le plaisir champêtre et le bruit blanc de l’eau cristalline invitent à la contemplation. Qui ne s’est jamais demandé ce qu’il y avait par-delà le miroir de l’eau ? Nous y verrions des habitants tout aussi surpris de nous voir que nous, eux. Parmi tous ceux-là, il y a un mollusque bivalve. Tout petit, insignifiant même et pourtant, sans  lui, la rivière ne serait pas la même.

Nous partons du général vers le sujet spécifique. Le développement va préciser le sujet et répondre aux interrogations que nous avons mises en place dans l’introduction. La conclusion va apporter la position de l’auteur et peut ouvrir sur d’autres questionnements comme un entonnoir inversé. Pour ma part, je commence à écrire mes textes par la conclusion. De cette manière, je sais où je vais et ça m’évite de me perdre dans mes propos pendant l’écriture du reste du texte. Le travail d’écriture est une tâche qui vient finir tout un processus de traitement des données. Toute la réflexion doit être faite en amont. 

  • Et après ?

Comme toute bonne pâte, il faut un temps de repos. Je laisse mon texte de côté au moins une nuit, voire une semaine entière. C’est le temps qu’il faut pour sortir du texte. Commence alors le travail de relecture. J’essaie d’oublier que je suis l’auteur et donc que je connais le sujet. Dans cette relecture j’essaie de voir si je réponds aux trois questions, aux 3Q. 

Pour Qui ? Pour Quoi ? Qomment ?

Ensuite, je me penche sur la structure des phrases. Une phrase commence par une majuscule et finit par un point. une phrase c’est un sujet, un verbe, un complément. Au-delà de ça, c’est du littéraire. Une phrase, c’est une idée et une seule idée. Après cela, je fais la chasse à la périphrase[6] involontaire. La qualité de l’article ne tient pas à sa longueur. C’est même tout le contraire. Allons à l’essentiel. Celui qui maîtrise son sujet est concis. S’il le maîtrise tellement qu’il en a fait le tour, il est même circoncis. Enfin, je vérifie le vocabulaire, la grammaire, l’orthographe ainsi que le niveau de langage. Ainsi j’écarte le langage familier ou vulgaire sauf si c’est voulu[7]. La dernière chose, souvent la plus éprouvante, je fais relire par une personne autre et je mets de côté mon orgueil. Ensuite, soit ses remarques nous semblent pertinentes et nous améliorons en les prenant en considération, soit elles nous semblent non pertinentes et nous conservons le texte tel quel. Petit conseil au passage, gardez vos différentes versions en les numérotant. Cela vous évitera de vous insultez comme j’ai pu le faire puisque j’avais effacé mes versions précédentes et j’avais tellement modifié que j’avais perdu de vue mon objectif premier et la structure que je voulais donner au texte.

  • Et avant ?

Si l’envie est là, pourquoi ne pas tenter ? Les premiers jets seront mauvais puisque non aboutis et c’est normal. Par exemple, j’en suis à la sixième version de ce texte. C’est comme pour une sculpture. Nous avons un bloc de matière brute devant nous et on commence par  dégrossir et puis on fait plus fin, et encore plus fin, et puis on cisèle le détail. Ciseler dès le début n’a aucun sens.  Si vous êtes comme moi et que vous êtes à toujours vouloir faire mieux, commencez par faire et puis faire bien et pourquoi pas après, faire mieux. Ne mettons pas le mieux avant le bien, car il ne sera jamais fait dans ce cas. L’important est de commencer. Vous verrez, avec le temps, vous développerez votre propre style et on prendra plaisir à vous lire. Si, d’aventure, le sujet vous passionne, nous en reparlerons, car tout ceci n’est qu’une introduction.

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Nicolas Boileau 1636-1711

[1] Juste comme ça 🙂

[2] Symbiose n.f. : relation à bénéfice mutuel à contrario du parasitisme. étymologie : de « sym » et « bio » , littéralement « qui vivent ensemble »

[3] Vachellia cornigera : arbre épineux des régions tropicales et subtropicales

[4] Holistique adj. : de Holisme dérivé de Holos (entier) démarche visant à comprendre un problème dans son contexte.

[5] Des taux d’œstrogènes énormes changent le sexe des animaux des cours d’eau. Principalement par le biais des principes actifs de la pilule contraceptive qui finissent dans les urines, puis aux toilettes, et donc dans les cours d’eau puisque non filtrées dans les stations de retraitement des eaux usées. 

[6] Périphrase n.f. fig. de style : consiste à dire en de nombreux mots ce qui pourrait être dit en un.

[7] La paresse intellectuelle n’est pas considérée comme une volonté

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