Un drôle de voyage

Le froid tombait dehors et moi dans l’ennui
Nous étions de visite chez pépé et mamie
et pourtant, du haut de mon jeune âge,
quatre murs, ce n’est pas un paysage.

Voyant cela, une voix tonna. On irait ramasser des
chats teignes, avait dit le colosse qui me servait de pépé.
Je me gausse. Quelle drôle d’idée de vouloir ramasser
des chats. Teigneux, par dessus le marché.

Mais j’aime bien les chats alors
je ne pouvais qu’être d’accord.
Papy dit que j’étais assez grand
et qu’il était temps maintenant.

On est parti au matin suivant, dans la brume et le vent.
Maman m’avait sarcophagé de vêtements.
Papa faisait semblant de ne pas s’inquiéter.
On partait tout les deux, juste moi et le pépé.

Je tenais la main du pépé car je ne voyais
que le haut de mon cache-nez
et le bas de mon bonnet
Maman exagérait.

Hors de vue des parents, le pépé
me libérait de ma prison d’étoffes et de laines.
Le froid me mordillait les joues. J’entrais dans son domaine.
Ça ne semblait faire aucun effet sur mon gigantesque pépé.

Le papé repartait de plus belle.
Un dos énorme, c’est tout ce que je voyais,
et deux bras au bout desquels
se balançaient une canne et un panier.

On y est. Avait-il dit auprès d’un arbre immense.
Trouver des chats dans un arbre, c’est du bon sens,
mais je n’en voyais aucun à travers les feuilles colorées
Le pépé s’écria : En voilà une qui s’était bien cachée !

J’accourus et je découvris une petite boule blottie
dans les feuilles. Ce n’est pas un chat dis-je déçu au pépé.
Devant mon air désabusé, il fût pris de sympathie
C’est une châtaigne, répondit un pépé à l’œil amusé.

Drôle de bestiole. On dirait un hérisson.
Pour m’assurer de l’absence de danger,
je le poussais du bout d’un bâton.
Je comprends le pourquoi de la canne du pépé.

Il en ramassait une sans se piquer
et l’ouvrit comme une clémentine
Trois grosses choses brillantes s’y tenaient
Pépé dit : C’est avec ça qu’on dîne !

Le panier fut plein comme mon ventre était vide
Avant de rentrer, pépé dut me rescaphandrer
Il eut du mal car, moi, tout ce que je voulais,
c’était rentrer pour contenter mon estomac avide.

Papa et maman avaient fait des braises dans la cheminée.
Le foyer craquait d’aise. Le pépé sortit une poêle trouée
et la mit telle quelle dans l’âtre. Papa et maman s’affairaient
à faire des croix au couteau sur les châtaignes ramenées.

Pépé sirotait un vin de noix et vit mon intérêt.
Si tu ne fais pas de croix, les châtaignes vont sauter.
Les premières rejoignirent l’ustensile troué
et, pour sûr, toutes étaient sages. Aucune n’osait sauter.

Ça sentait bon la châtaigne, les premières étaient cuites.
Le pépé en prit une à main nue et une autre ensuite.
Je suivais son exemple mais lâchais vite tellement c’était chaud.
Il me les épluchât l’air de rien et m’en tendit une, penaud.

Comment faisait-il ? Je soufflais dessus. Elle me réchauffait
les mains. Quand elle fut tiède, dedans, je croquais.
Elle avait aussi bon goût que l’air qu’elle parfume.
Elle avait le goût d’une promenade à deux dans la brume.

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