Je parle donc je suis

Parler, qu’est-ce que cela veut dire ? Déjà, entendons-nous sur l’outil. Nous émettons un son que nous modulons au moyen d’une cavité modifiable à souhait, notre bouche. Imaginez qu’il existe des langages basés sur le sifflement, le claquement de langue ou que sais-je encore.

Ensuite, ce son, à la forme si particulière, désigne quelque chose de précis. C’est un mot. Plusieurs mots font une phrase, les phrases font des discours et ainsi de suite. L’objet est de communiquer. C’est-à-dire, transmettre une intention, une information, une idée à un autre individu qui n’est pas moi, donc pas dans ma tête.

Tous les mots sont importants. Lorsque nous pensons, nous pensons avec des mots la plupart du temps. Je dis la plupart du temps car lorsque j’imagine un dessin, je pense en image. Si j’imagine une mélodie, je penserais en musique … Pour autant, c’est bel et bien le mot le meilleur vecteur de communication. Son apprentissage est rapide et facilement transportable. Cependant, cela veut dire aussi que notre capacité de réflexion est directement définie par la variété de notre vocabulaire. Comment pense un animal ?

Tous ces mots, ce sont des concepts opérationnels. Oui, je me la pète. J’utilise des mots compliqués. Cela veut dire que ce sont des consensus. C’est-à-dire qu’on s’est mis à plusieurs en désignant un objet et on a pu se mettre d’accord pour lui donner un même nom, un nom commun. Exemple : un schmilblick

Avant d’aller plus loin dans l’utilisation des mots qui constituent le langage et qui se base sur le son, penchons-nous sur le mot en lui-même. Un mot est constitué de voyelles et de consonnes. La voyelle veut dire la petite voix. La consonne veut dire qui sonne avec. Si il n’y avait que des consonnes, nous ne ferions que grogner. S’il n’y avait que des voyelles, nous ne ferions que des vocalises.
C’est quand même beaucoup plus pratique de dire : Passe-moi le poivre ! plutôt que d’émettre un série de grognements inintelligibles en désignant d’un doigt nerveux l’objet de la convoitise non ? En plus, tout le monde s’énerve au final. L’un de ne pas être compris et l’autre de ne pas comprendre. Un coup à se prendre la poivrière en pleine face …

Imaginons le mot comme une enveloppe, un courrier, une lettre, un pli. À l’intérieur, se trouve tout ce qui définit l’objet du mot (couleur, forme, usage, etc.). Quand j’utilise un mot, je fais référence à ce que contient cette enveloppe, ce courrier, cette lettre, ce pli. Je cite ce pli. Je pli cite. Cela nous évite de devoir ressortir l’ensemble de la définition à chaque fois. Quand mon interlocuteur ne comprend pas le mot que j’utilise alors je dois définir ce mot. Je reprends l’image de l’enveloppe, de la lettre, du pli. Je déchire l’enveloppe, j’ouvre la lettre, je décachette le pli. Je sors son contenu. Je l’extrais. J’ex-pli-cite.

En revanche, quand mon interlocuteur comprend le mot que j’utilise, alors il comprend aussi les sous-jacent. C’est un gain de temps. Il sait ce qu’il y a dans le pli sans avoir besoin de l’ouvrir. C’est im-pli-cite car il sait ce que je veux dire en utilisant ce mot. Si je dis : 

Nous y verrons plus clair demain.

Explicitement, cela veut dire : il faut attendre demain et que nous sommes plusieurs. 
Implicitement, cela veut dire : qu’il va faire nuit et que nous avons besoin de voir. 

Ou bien pas du tout puisque l’implicite dépend du contexte. D’où le danger de la citation sans rappeler le contexte dans lequel il est déclaré. Exemple :

Je vais fourrer Janice !

Le contexte : Je est éleveur, Janice est une vache, fourrer veut dire donner du fourrage. Le fourrage désigne des plantes herbacées coupées vertes ou sèches et utilisées pour nourrir les animaux quand il n’est pas possible de les mettre dans les champs.

Nous aurions tôt fait de supposer que Je est taxidermiste, boucher/charcutier ou encore boulanger/pâtissier. Quelle erreur nous aurions fait là. Donc, sans le contexte, l’interprétation est libre de tout et nous nous éloignons grandement du sens initial de la phrase au risque même d’un quiproquo. 

Nous sommes, parfois, tellement persuadé de connaitre un mot que sa définition disparait. Je suis sérieux. Vous souhaitez une démonstration ?Répétez n’importe quel mot qui désigne un objet physique et usuel. C’est fait ? Vous n’avez pas eu une impression étrange ? C’est que le mot ne veut plus rien dire. Là, nous sommes sur un objet physique alors imaginez quand cela porte sur une idée.


Nota bene : ce texte est à destination humoristique. Toute extraction d’un fragment ou partie de ce texte sans en rappeler le contexte sera considéré comme un manquement évident de volonté d’objectivité voire une volonté affichée de nuire.

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