Le jour de la carpe

Einstein et l'intelligence

Qu’adviendra-t-il quand on se rendra compte que ceux qui ont transmis ne sont que des abrutis, émules d’une civilisation de l’immédiat et qui se targue d’être avancée ?

Pour avancer, elle avance. À rebours, toujours plus loin vers un nihilisme aveugle où l’argent est un ersatz de bonheur en conserve et on nous vend l’ouvre-boîte au prix de notre bien-être. Que ce soit bon heur ou mal heur, l’heure tourne. L’aiguille avance, métronome monomaniaque … tic … tac … tic … tac. Et le plus drôle dans tout ça ? C’est qu’on croit que le temps est important. Et peu importe, tant que le temps, c’est de l’argent.

Pourtant, le temps ne s’achète pas ou bien alors si, par quelques Polaroïds qui figent l’instantané d’un moment qu’on a pas vécu puisqu’on était en train de le prendre en photo. Certains s’amusent même à prendre en photo une montre ou une horloge. Figé le tic, figé le tac. Tic … tac … tic … tac. 

Comme si l’angoisse du temps qui passe, si chère à la pléiade1, eux qui d’arrogance ou d’ennui s’offusquaient de cette flèche ingrate quand leurs contemporains étaient trop occupés à survivre dans la misère ! Comme si l’angoisse du temps qui passe et son Carpe diem, disais-je, était la réponse ultime plutôt que 422.

Carpe diem, ça ne veut pas dire Profite du jour présent. Ça veut dire Le jour de la carpe.

La carpe, celle qui frétille de toutes ses forces alors qu’elle fût jetée sur la rive par le courageux pêcheur. Elle sait qu’elle va mourir. On parle parfois du cri de la carotte mais parlons-nous de l’angoisse de la carpe ? Jamais et malgré tout Carpe diem.

Alors entendons-nous bien, ça ne veut pas dire se gauger dans le stupre et le lucre, n’en déplaise à Ronsard3. Au contraire non ! Quittons l’égoïsme primaire d’assouvissements primitifs qui sont : sécurité, manger, baiser.

Là, vous vous dîtes : mais où est partie son éthique ? Il manque de tact. Je vous répondrai … tic … tac.

Le temps n’est rien. L’important, c’est l’énergie qu’on y met. Je n’ai pas le temps, n’est pas une excuse. On a le temps, c’est même la seule chose qu’on a. La question est comment on le remplit. En se questionnant si notre société est compatible avec nos valeurs humaines, ça mérite qu’on y prenne le temps. Se poser la question sur nos valeurs aussi. Si on prône le capitalisme libéral, se demander si notre discours sera toujours le même quand on ne sera plus au sommet. Et puis au sommet de quoi ? Et pour quoi faire ? Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables. J’y serai aussi, fatigué d’avoir couru comme un dératé après un bonheur qui m’attendait sur la ligne de départ et que je n’avais pas vu ! Moi, aveuglé que j’étais, par le chrono qui tournait. Le bonheur que j’avais laissé sur la ligne de départ, c’était moi.

Que nous reste-t-il d’autre qu’une dernière révolte, la vue brouillée par ce qui nous reste d’âme ? Tic … tac … tic … tac. 


  • 1. [ Pléïade : groupe de huit poètes français du XVI e siècle, composé de Pierre de Ronsard, Joachim Du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Étienne Jodelle, Rémy Belleau, Jean Dorat, Jacques Peletier et Pontus de Tyard qui avait en point d’orgue l’angoisse du temps qui passe.]
  • 2. [ 42 : voir ou lire H2G2, le guide du voyageur intergalactique ]
  • 3. [ Pierre de Ronsard / Voir Ôde à Cassandre]

 

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