Une tasse de chocolat chaud

Version audio

Apprendre, qu’est-ce que cela veut dire au final ? Imageons le propos. Voyons, devant nous, une tasse pleine d’une boisson chaude que nous adorons alors nous piaffons d’y tremper les lèvres.

Avant de prendre la tasse en main, nous l’avons regardée puis nous avons discerné qu’il fallait une main plutôt qu’un pied pour la saisir alors nous adaptons notre main à la forme de cette tasse. Nous la saisissons par l’anse et nous y adaptons la force nécessaire pour la lever sans la renverser ou balancer son contenu par dessus notre épaule.

C’est un geste de tous les jours et pourtant ça reste épatant, bien qu’il soit masqué d’ordinaire, puisqu’il est fait de manière mécanique. On n’y pense plus comme pour la respiration, on n’y pense pas ! Heureusement que nous n’avons pas besoin de penser à emplir et vider nos poumons à chaque fois. Mais, contrairement à la respiration qui est innée, le geste est appris.

Avant de prendre, il faut apprendre. Autant pour un objet physique, c’est relativement accessible, autant pour des idées ou des concepts, c’est un peu plus raide. Pourtant, ce que nous oublions parfois, c’est le « comprendre ». Pour l’exemple de la tasse, je la saisis avec la main. Je prends avec. Je com-prends. Changeons un peu de vocabulaire avec un terme plus désigné pour la main, la préhension. Quoique la queue de certains singes et la trompe d’autres éléphants soient préhenseuses également.

Je m’égare ! Prenons deux déclinaisons du mot préhender qui signifie se saisir à l’aide de ses mains, prenons appréhender et compréhension. Quand j’appréhende quelque chose, je me prépare à le saisir. Le sens moderne dira que c’est la crainte de quelque chose mais non. Le sens littéral, c’est se préparer à saisir et non pas se préparer à être saisi. Ensuite, la compréhension. Je saisis avec.

Exemple :
Je suis tout petit gamin et j’arrive à me soustraire à la surveillance de mes parents. J’aperçois une très belle pierre rouge brillante et je m’en saisis. Je m’y brûle. C’est une braise. Je n’en avais jamais vu avant. J’apprends vite que rouge brillant = douleur. Je comprends qu’il me faut un outil pour la toucher.

J’ai compris la leçon et je vais même jusqu’à faire une extrapolation inconsciente ou une projection sur le prochain objet rouge brillant que je croiserai, avec appréhension. Et puis, je finis par mettre en lien mes différentes connaissances. Je les tisse. J’apprends à les tisser. Je fais mon apprentissage. Alors, et alors seulement, j’aurai devant moi le tissu de ma réalité.

Cependant, j’aurais pu comprendre d’une autre manière. J’aurais pu croire que cette braise m’avait fait mal parce qu’elle le voulait, par agressivité. Sous cette condition, j’aurais pu vouloir lui faire mal à mon tour, par vengeance et par extension vouloir détruire tout ce qui est rouge brillant, par mesure de précaution. Pourtant, la braise est braise. J’ai eu le tort de m’y brûler par ignorance. Elle n’y est pour rien. Il est très aisé de se fourvoyer dans une réalité distordue dans laquelle on pense que tout nous veut du mal, mais c’est un excès d’orgueil. La seule façon de sortir de cet enfer, c’est de se faire humble et de quérir la connaissance devant une tasse de chocolat chaud. Vous savez ? Celle avec la guimauve qui se prélasse.