Ça tient souvent à presque rien

Un élagage, comme l’avait expliqué le professeure de Lettres au lycéen stupide que j’étais, alors que nous étudiions je-ne-sais-plus-quel-livre de Jean-Jacques Rousseau, un élagage donc, c’est arracher les mauvaises herbes.

Du haut de mon jeune âge, je restais coi devant cette impérieuse suffisante qui portait haut le désaveu de son costume professoral. Je restais frappé de stupeur. Ce jour, mourait la foi crédule que j’avais en l’adulte d’alors. Non pas dans son savoir mais dans son incapacité ou refus d’énoncer un je ne sais pas. Fort heureusement, depuis, j’ai croisé d’autres adultes dignes de louanges. Depuis aussi, j’ai le cœur un peu plus grand et ce professeure avait, peut-être, perdu la flamme à force qu’on lui souffle dessus. Qu’importe. Chacun sa croix comme dirait l’autre. Le tout étant de veiller à ne pas faire porter la nôtre par les autres.

Un élagage au temps de Rousseau, quand la tronçonneuse mécanique n’existait pas, quand la nacelle élévatrice n’existait pas, quand cela demandait un effort et une prise de risque. Un élagage, en ce temps là, était mûrement réfléchit. On enlevait la branche morte, déclinante ou sans avenir. En d’autres termes, on enlevait ce qui devenait inutile. Non pas que l’arbre ne soit pas capable de se débrouiller tout seul, il l’est. Mais parce que l’humain s’en est inventé une paternité bizarre. Une responsabilité tordue. Se persuadant que la valeur de sa vie d’humain est proportionnelle à son utilité. Il devient interventionniste. Qui ne s’est jamais justifié d’un ça sert à rien en écrasant avec fureur un insecte qui n’eut d’autre tort que de passer à notre portée ? Comme si le droit de vivre était lié au degrés d’utilité à l’humain.

Les élagages sont issus de deux causes d’utilité. Soit c’est de production, soit c’est d’ornement. La production d’un tronc bien droit pour en faire des planches, la production de fruits, la production de branchages pour la vannerie, etc. Soit c’est de l’ornement. Dans sa forme la plus poussée, en donnant des formes géométriques aux arbres. Cette dernière est le fruit d’esprits malades obsédés par l’idée de maîtrise de la nature mais nous nous éloignons du sens premier comme quoi, dès qu’on creuse un peu, on s’élève.

Il n’y a pas de bon ni de mauvais dans la nature. C’est une notion humaine, culturelle. Il n’existe pas de mauvaise herbe. Juste des spécialistes de sol en souffrance. Il n’y a pas de mauvais humain par naissance, juste des milieux défavorables. Ça vaut aussi pour un professeure.