Ça n’a aucun intérêt et c’est pour ça que je vous en cause – La tipule

Croiser certaines bébêtes peut surprendre, à plus forte raison quand elles sont noires rayées de jaunes ou jaunes rayées de noires. Cette robe est assez courante dans le règne des insectes. C’est le mimétisme batésien. C’est se déguiser des couleurs d’un autre animal qui sait se défendre comme le frelon, la guêpe, etc. Le camouflage peut être imparfait. Faire naitre le doute dans l’esprit du prédateur, laisse le temps de se sauver. La stratégie est efficace. Des espèces du genre tipule y ont recours aussi et puisque j’en ai croisé deux d’une livrée particulière, ce sont d’elles qu’on va jacqueter. Le cousin ou le maringouin comme on dit cheu nous z’aut’ en Normandie, est un diptère* qui ressemble à un gros moustique. Il ne pique pas. Son vol est plutôt pataud.

Je me suis intéressé au genre tipule quand j’ai croisé une Cténophora. Alors que je vaquais à mes occupations dans un mois de juin fort agréable au demeurant. J’étais occupé à ausculter un arbre**. J’étais concentré sur le pied de l’arbre pour y déceler une blessure ou un champignon. Je relevai la tête et … la vue soudaine d’un insecte à la robe jaune et noire, à dix centimètres de mon nez, me fit faire un bond en arrière. Réflexe normalement salutaire. La tipule devait bien rigoler. Elle venait d’avoir la preuve que son déguisement marchait. L’intrigante savamment maquillée, se faisait passer pour guêpe ou frelon. Elle s’offrait un répit coloré. Elle venait de sortir de sa nymphose et se faisait durcir les ailes au soleil. Sa larve affectionne les cavités dans les arbres.

Après avoir ramassé mon pauvre coeur resté au sol et m’être amusé de ma réaction de surprise, je commençais à détailler l’animal. La morphologie m’orientait vers les cousins mais je n’en avais jamais vu des comme cela, aussi haut en couleurs. C’était fascinant. J’ai pris quelques photos puis je suis allé me plonger dans mes bouquins d’entomologie parce que j’aime bien connaître le nom de ceux que je croise. Elle, c’était Surprise !

Depuis, je suis plus attentif à la tipule. On peut la rencontrer de juin à septembre. J’ai croisé une autre Cténophora l’année suivante. Une fois qu’on dépasse sa peur, on accède à des trésors plein de surprises.



*diptère : qui n’a que deux ailes

** Je suis un arboriste, métier qui consiste à prendre soin de la santé des arbres