Tu seras une pomme, mon fils.

Il était une Foi, moi. J’étais entouré d’objets et perdu comme jamais. Le chant de l’oiseau m’agressait quand le ronron de la ville m’apaisait. Quelle drôle d’idée. Je ne connaissais rien du vivant et je m’engonçais de béton. On m’avait donné des bagages et une direction. On m’avait dit : Va par là, tu seras heureux. On m’avait montré l’horizon. Personne ne m’avait dit que c’est une ligne imaginaire. Imaginez mon épuisement et ma déception malgré tous mes efforts, l’horizon gardait sa distance.

J’ai lâché mes bagages. Je m’y suis assis. C’était bien la première fois que je m’en servais. J’ai regardé en arrière. J’ai constaté les sillons qu’ils avaient tracés tout au long de ma marche. Ils s’étendaient comme une horrible plaie ouverte à travers un paysage que je n’avais pas vu. Ils s’étendaient plus encore jusqu’à disparaître derrière l’horizon… diantre … il y avait un autre horizon. C’était insensé. Je regardais tout autour de moi et partout l’horizon. Ce fut un choc. Comment avais-je pu m’aveugler si longtemps ? Si l’horizon est partout alors j’y suis aussi. Depuis que j’ai posé mes bagages, je sens de nouveau mes bras. C’est une agréable sensation. Bien différente de cette douleur lancinante, de cette colère contre moi. Fâché et atterré de ne pas réussir. Mais… réussir à quoi ?

J’ai ouvert mes bagages. J’étais enfin curieux. Qu’y avait-il donc de si vital là-dedans ? Il n’y avait que des mensonges. Ceux qu’on m’a donnés, ceux que j’ai reçus. Ceux que j’ai fabriqués pour correspondre à l’image que j’avais cru être le but à atteindre. Par contre, aucun ne m’appartenait. Pourquoi donc devrais-je m’embarrasser de tout cela ? Cela m’avait demandé tellement d’efforts que j’en courbais l’échine. Le regard tout entier posé sur mon prochain pas. Tout mon corps tendu à cette tâche. Le corps endolori et je me convainquais que c’était le prix à payer. Quand je me suis arrêté, je n’ai pu que constater dans quel état je m’étais mis. Mon corps brisé ne me porterait plus.

J’ai soufflé. C’est une drôle de sensation, la respiration consciente. Sentir ses poumons s’emplir, sa poitrine se gonfler puis tout expulser, c’est plaisant. Je me suis concentré sur cette sensation. À chaque expiration, ma fatigue s’en allait un peu plus. Mes idées étaient plus claires. Je souriais pour rien. J’ai recommencé à regarder autour de moi et je ne cherchais plus l’horizon. Ma vision mit un petit temps à s’adapter. Le flou évanoui, des couleurs apparaissaient. Alors, tout n’était pas gris ? J’étais au milieu de nulle part et la vie était partout. Elle m’acceptait depuis toujours et je ne le savais pas. C’est une belle sensation.