La stratégie du pigeon

Tu es arrivé au bout du truc et tu t’étrangles que les autres
ne puissent comprendre l’évidence. C’est si clair pour toi.
Pour les autres, tu es un énième porteur de parole, un énième apôtre.
Un qui sait mieux que tout le monde ce qui vaut, ce qui fait loi.

Il y a un truc que tu oublies. Les autres n’ont ni ton expérience,
ni tes connaissances. Tu leur demandes tout de même d’aboutir à
tes conclusions ? Mais tu te prends pour qui ? Tu te crois au dessus du tas ?
Crois-tu qu’exiger des autres un savoir absolu, inné, fasse sens ?

Tu n’y avais pas pensé n’est-ce pas ? Tu pensais que tout le monde pense
comme toi, suivant les mêmes principes, les mêmes valeurs, la même aisance ?
Prépares-toi pour la baffe, ça n’existe pas. Chacun est un individu, chacun
est unique. Il n’est ni mieux, ni pire, ni saint, ni démon. Il est ton prochain.

Tu peux l’entendre comme le suivant ou comme celui qui est proche.
Personnellement, si tu projettes sur moi ta façon de penser, tu m’insultes.
Tu m’insultes car tu renies jusqu’à mon humanité. Me jetant à même la roche.
Si j’ai l’audace de ne pas penser à ta manière, tu m’annihiles ? Cesse ce tumulte.

Et pourtant tu t’entêtes. Tu n’as de cesse que d’espérer un miracle, un Noël.
Que les autres deviennent toi. Ça n’arrivera pas. Tu ne comprends toujours pas.
Tu ne songes même pas à te remettre en question. Tu te déclames rebelle.
Alors tu appliques une stratégie. Puisqu’elle marchait bien sur toi, elle marchera !

Tu cherches à créer une polémique. Provoquer une réaction.
Le second degré n’est pas inné, tu sais ? Tu devrais y faire attention.
Que fais-tu des personnes qui te prennent au pied de la lettre ?
Si nous sommes dans l’indifférence, avons-nous une raison d’être ?

La psychologie inversée usitée à bon escient est salutaire
pour convaincre qui ne veut pas se brosser les dents ou ranger ses affaires.
Utiliser le levier de l’esprit de contradiction pour le bien d’un enfant,
pourquoi pas. Pour un adulte, ou présumé adulte, c’est dérangeant.

C’est comme ces bien-pensants qui exhortent à donner de l’argent
pour lutter contre la misère du monde et qui enjambent, lestes, le mendiant
assis en bas de chez eux. Que faut-il donc pour ouvrir un œil ?

Donc mon cher, mon très cher, si tu souhaites qu’on t’écoute, avide,
voire même qu’on t’entende, fais fi de ton arrogance et de ton orgueil.
As-tu déjà écouté le prêcheur ? Moi, jamais. Je ne suis pas le vide.