À phrase creuse, raison perdue

Que dire ? Que penser ? Partout sur la toile, traînent des phrases comme celles-ci. Elles se veulent porteuses de vérité. Elles nous enjoignent dans un mouvement fédérateur autant que positif. À priori, c’est inspirant. À priori, oui. À priori seulement car c’est un prêt-à-penser, un dispensaire à pensées peu profondes, une apologie des Yfo-yaka, une paresse intellectuelle.

Pouvons-nous vraiment ne pas être d’accord avec cette phrase ô combien révélatrice de vérité vraie ? J’exagère ? C’est celui qui dit qui y est. Sous des airs de sagesse populaire, qu’est-ce qui est dit au final ?

Effectivement instiller de l’humanité dans la machine peut permettre d’évacuer les grains de sable. Oui, mais … En partant du mauvais pied, nous nous garantissons le faux pas. Prenons donc le contrepied sans perdre l’équilibre. Laissez-moi vous entraîner dans une valse à sept temps.

Le premier pas consiste à évacuer les mots dénués de sens. Manager comme leader, ne veulent rien dire dans une culture francophone. Préférons animer et dirigeant.

Le second pas est de quitter le ton impérieux, sans appel. Comme si c’était une vérité absolue, il n’en est rien. Posons la question plutôt que d’avaler tout rond cette affirmation incongrue ne reposant sur rien.

Le troisième pas est d’écarter l’infantilisation, car lorsque nous, employés que nous sommes, nous lisons le vrai dirigeant est celui qui grandit en faisant grandir, inconsciemment nous chargeons le dirigeant de la responsabilité de nous faire grandir. De là à l’appeler Papa, il n’y a qu’un pas. De même dans l’autre sens. La parentalisation est contre-productive. Nous sommes sensés être adultes. À accepter ce genre de phrase et la diffuser, nous renonçons à être comme tel.

Alors, donc, voilà, la chose est posée. Nous pourrions tout aussi bien nous questionner sur la définition du faux leader. Et oui, par opposition au vrai. Faisons bonne mesure et évitons le non-dit. Par défaut et, en l’absence de l’accusé, nous prendrons l’opposé de la phrase initiale, ce qui nous donne :

POUR RESTER IMMOBILE, IL FAUT DÉTESTER LES GENS ET S’EN DÉSINTÉRESSER. LE FAUX DIRIGEANT EST CELUI QUI STAGNE EN FAISANT STAGNER LES AUTRES.

Le quatrième pas est celui de connaître chaque personne dans ses forces et faiblesses. C’est possible si l’on s’y intéresse. On ne s’intéresse pleinement que si l’on aime. En schématisant, soit on aime, soit on est indifférent, soit on déteste.

Le cinquième pas est de savoir ce que veut dire aimer. Celui qui dit aimer les fleurs et les cueille, confond aimer et posséder. Alors mettons de côté ce verbe aimer et préférons empathie. Une maxime avait déjà tout résumé :

Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.

Le sixième pas est celui par quoi tout commence. C’est l’humilité. Quitter le statut de supérieur car ça implique des inférieurs. Tout comme il est abscons d’évoquer des collaborateurs. À moins qu’ils n’aient, eux aussi, des parts de l’entreprise. Là, c’est pertinent.

Le septième pas est celui de l’objectivité et de la justesse en tout moment. Gardons-nous de confondre bienveillance et laxisme car cette paresse dessert toutes les parties.

En sept pas, nous avons pu nous élancer sur le chemin de la justesse d’action. N’y a-t-il rien de plus admirable que de pouvoir se déplacer par soi-même ?

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