Quatre vagues

Tout petit, déjà, j’adorais les histoires.
Dès qu’il s’agissait de sorcière, de grimoires,
de voyage, d’expédition, d’odyssée, d’îles lointaines.
Je m’imaginais voguant ou galopant à travers de vastes plaines.

Imaginez l’amertume, ce froid coutelas
entre mes côtes, quand mon professeur déclara
qu’il n’y avait pas plus de Terra incognita que de Nature
vierge dans ce monde fini. Il broya, piétina mes rêves d’aventure.

Mon horizon s’arrêtait net au bout de la rade
mais les vagues me chuchotaient les exploits de Sinbad.
J’avais envie de sel sur mes lèvres et plus rien qui ne fut fade.
J’avais envie de tempêtes, de voiles qui se déchirent, de tornades ! 

Ce professeur n’aura pas le dernier mot.
Si son petit monde est fini, il n’en est rien du mien !
Qu’il reste à contempler sa certitude, son ombre et son gardien.
J’irai au bout du monde et j’en reviendrai. Dussé-je y aller en canot.