Cadre

Je suis coincé dans un travail
de bureau aveugle, inutile.
J’ai l’esprit qui déraille
de cette poursuite du futile.

Ma seule fenêtre est un tableau
sur une campagne anglaise.
Le genre ridicule. Un tableau
kitsch, qui met mal à l’aise.

Ma mère me l’avait dit.
Les sommets sont couverts de nuages.
Elle me l’avait dit, redit.
Les oiseaux ne doivent pas vivre en cage.

Ma mère parlait par énigme.
Je n’avais pas compris que l’oiseau,
c’était moi. Étrange paradigme,
j’avais accepté de picorer dans un seau.

Il y a un oiseau dans le tableau.
Il est posé sur une branche.
Les ailes déployées, il est beau.
Tel un monarque en costume du dimanche.

Je me vois dans son regard.
Un regard qui partage ma peine.
Qu’il semble être triste, blafard,
cet humain qui se démène.

Il est enchaîné dans un cadre ridicule.
Ça me met mal à l’aise.
Drôle de tableau, tragédie minuscule.
Pensais-je, du fond de ma campagne anglaise.