Y a pas de mais

J’ai quitté, bien malgré moi et à regret, les troupeaux.
Je ne sais plus qui se cache ou qui se cachait sous les peaux.
Bien trop souvent des loups déguisés en agneaux
mais de moutons, point. Ils ne quittent plus le berceau.

J’ai quitté les troupeaux et le confort
du prêt-à-penser. Personne alors
pour endosser mes erreurs, mes torts
Personne, non plus, de qui espérer un renfort

S’arracher du commun, de l’ordinaire, du normal
est un exercice difficile autant que bancal
puisque, très facilement, on bascule
dans la crainte d’être celui qu’on écule. 

Entendons-nous bien. Le mot est important. Actons
le normal. C’est une chose acceptée par le groupe dans sa majorité.
Pour un groupe de poissons, c’est dans l’eau qu’il faut respirer.
C’est normal pour les poissons. C’est mortel pour un mouton.

À vouloir sortir du bocal, on finit au banc de la société
et parfois même, c’est pas banal, sur celui des accusés.
Or, s’il est facile d’attaquer l’autre, de faire son procès
Il est bien plus périlleux de faire le bilan de l’an foiré. 

Il est bien plus confortable d’être le juge d’un autre
plutôt que de regarder la fange dans laquelle on se vautre.
Posant là, une rengaine avec l’aplomb d’un apôtre :
Si ce n’est pas de ma faute, c’est donc de la vôtre.

Voilà la forme du procès ! Mesdames et messieurs les jurés.
L’Homme est un animal grégaire contrarié.
Il a besoin des autres. Il ne supporte pas d’être seul
mais seulement pour se foutre sur la gueule.

Si il fallait, de cette fable, en tirer une morale
Je dirais que c’est à table, que vient l’élan pastoral.
Accablons l’affamé et non pas celui qui s’empiffre
Arrêtons de tergiverser; laissons parler les chiffres

Version audio : y-a-pas-de-mais.m4a