Lis tes ratures

J’aime la langue française, ses travers, ses dérives. Ses variations sont innombrables et permettent le second degrés. J’en suis friand. J’apprécie un peu moins le caractère genré de cette langue où tout doit être soit féminin, soit masculin. En dehors de cela, j’ai une passion féroce pour le mot.

Qui aime veut comprendre et l’étymologie s’est imposée d’elle-même. Maniaquerie pour certains, cette discipline a l’avantage de la gymnastique archéologique. L’origine d’un nom est souvent la contraction de son usage. Par exemple, le pinceau, ça pince l’eau et un râteau rate à ramasser l’eau. Étonnant non ?

Et c’est totalement faux. Le mot pinceau vient du latin penicillium, littéralement petite queue. Ne dit-on pas peindre avec une queue de vache ? Quant à râteau, nous savons que l’accent circonflexe remplace un S. Ce qui nous donne rasteau. Remettons le mot au singulier. Rasteau nous donne rastel comme château nous donnait castel. Un rastel désignait un endroit de réunion pour faire ripailles.

Des tablées gigantesques et des bancs de fortune laissaient voir, au spectateur éloigné, un profil crénelé. Un alignement de têtes qui ne laissaient passer que les rires. Les dents alignées du râteau reprennent cette logique. Que ce serait triste, un râteau à une dent, que ce serait ridicule. N’y a-t-il meilleur nom que râteau pour cet outil de rassemblement ? C’est poétique mais c’est également faux puisque le mot viendrait du latin rastellum de la racine raster, racler.

Pourquoi ce texte alambiqué ? Parce que j’aime la langue des oiseaux. Parce qu’il est facile d’être emporté dans un discours bien ficelé de logique apparente. Parce que j’aime le mot et pour démontrer que ce qui semble évident est, parfois, évidé.