La perspective dans le dessin

Personnellement, moi, moi-même, je, ça m’a bien gonflé. Cette perspective qui me fut assénée par des gens pour qui c’était une évidence et qui me renvoyaient à ma stupidité. Je l’étais, stupide. J’étais frappé de stupeur devant tant de suffisance élitiste et plus encore quand ces pitoyables choses étaient incapables d’expliquer les mécanismes divins autrement que par le mot TALENT. Enfin ça, c’est après coup. À ce moment-là, j’étais mortifié face au mur TALENT. Il m’a fallu du temps pour comprendre que la réponse était sous mes yeux. L’anagramme était la clé, spectatrice bienveillante de mon apocalypse cérébrale.

Le TALENT est LATENT.

Si c’est latent, il suffit de l’éveiller. J’étais rassuré. Je pouvais, moi aussi, atteindre cet état de grâce. L’éveil, c’est ouvrir sa perception et nous allons jouer avec la perception de notre cerveau. Avant cela, nous allons nous pencher sur certains mécanismes sensoriels propre à notre espèce pour nous permettre de saisir les principes qui les régissent.

Nous sommes équipés d’une foultitude de récepteurs qui nous permettent de nous situer dans l’espace. Les cinq plus connus sont : le goût, l’odorat, le toucher, l’ouïe et la vue. Représentation archaïque somme toute, Aristote sera encore passé par là. Qu’il en aura fait du tord, cet homme là. Ses contributions à la philosophie et à la logique sont remarquables mais qu’il puisse autant se planter dans d’autres domaines lorsque ses pierres angulaires sont la logique et la philosophie, ça me dépasse. Les sens sont beaucoup plus nombreux et intriqués que cette représentation simpliste.

Nous avons le sens de l’équilibre, celui de la température, le sens à cionel, le sens de la dérision et tellement d’autres encore.

Nous resterons sur les deux sens qui permettent la perception de profondeur. L’ouïe et la vue sont des récepteurs qui ont un point commun. Ils fonctionnent tout les deux par paires. Chaque unité de la paire est distancée l’une de l’autre. Cette disposition en stéréo est fondamentale dans ce fonctionnement particulier. Elle permet à notre cerveau de faire le parallaxe trigonométrique en appliquant le théorème de Thalès. C’est un rapport entre deux angles et une distance dans un triangle.

Les enfants d’Orion, la parallaxe
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Ainsi le cerveau déduit la distance. Ce qui permet une représentation spatiale en trois dimensions selon les axes X, Y, Z qui sont hauteur, largeur et profondeur.

Notre sens privilégié est la vue, il nous fallait bien ça pour sauter de branche en branche. D’ailleurs, notre vocabulaire s’y réfère sans cesse lorsqu’il est question de raisonnement. Voyez-vous ?

Notre notion de profondeur se base sur un rapport de grandeur qui fait un peu comme ça : + un objet est éloigné et + il nous apparaît petit. Un cyclope est tout à fait capable d’arriver aux mêmes conclusions me direz-vous. Oui, mais il n’appréciera pas la distance. Un singe cyclope ne saura pas jauger la force nécessaire pour se propulser d’une branche à l’autre et ratera par manque ou par excès.

Lorsque nous dessinons, nous faisons tous la même erreur. Nous faisons confiance à notre cerveau. Or lui, son job, c’est de voir en trois dimensions donc quand nous lui demandons une représentation sur un support en deux dimensions, c’est la chienlit. Soyons visionnaire, apprivoisons cet outil fantastique, notre cerveau. Pour apprivoiser, il faut comprendre. Pour comprendre, il faut apprendre. Pour apprendre, il faut appréhender. Appréhender c’est avant la préhension. Avant de prendre en main, il faut apprécier la distance. La boucle est bouclée. C’est une question de point vue. Pour représenter une vue en trois dimensions sur un support en deux dimensions, adoptons la vision du cyclope.

Pour dessiner correctement la perspective, je dois dessiner ce qui est et non ce que je vois. En d’autres termes, une maison, c’est un carré surmonté d’un triangle au premier plan et qui s’étire jusqu’à un autre carré coiffé d’un triangle en second plan. Les objets dans le second plan seront plus petits que dans le premier plan car plus éloignés. Les lignes qui rejoignent ces deux formes géométriques sont la perspective.