Savoir lire

De temps en temps, il y a un texte qui me titille. Je partage, ici, sa dissection et son analyse. Le temps d’un article. Le but est la lecture entre les lignes et le détournement possible. Nul jugement donc. Je m’appuierai sur le texte en illustration ci-après.


Ce texte là est un chapô. C’est un court texte qui coiffe le corps d’un article. Il permet l’accroche du lecteur. la tonalité peut être ironique, provocatrice et bien plus encore. Je n’ai pas accès à l’article dans son entier alors, même si je le regrette, restons sur le chapô car son extraction et ses usages possibles m’intéressent.

Notons que c’est un texte sorti de son contexte donc il est périlleux d’essayer de déduire l’intention de l’auteur à partir d’une bribe. Ce serait injuste.

A la première lecture, le texte est concis autant qu’emphatique. Il génère l’approbation immédiate du lecteur puisqu’il est forcément d’accord. Nous allons commencer à contextualiser en ajoutant des gradients en réponse :

Dans l’idéel1, oui sans conteste.
Dans l’idéal2, oui si l’équipe est de bonne foi.
Dans la réalité, le manager fait l’équipe comme l’équipe fait le manager.

Gardons en tête que chacun est responsable de ses actes et de leurs conséquences. Sans quoi, il ne saurait être considéré comme adulte. Précisons qu’un manager est un mot anglais qui correspond à animateur.

Analysons les différents mouvements de cette symphonie en Allegro.

Premier mouvement, la personnalisation

Première phrase, désignation du bourreau B
Deuxième phrase, désignation du sauveur S
Troisième phrase, désignation de la victime V

Second mouvement, le champ lexical

B : dirigiste, tout
S : bon, humilité, bienveillance, confiance, courage, enthousiasme
V : collaborateurs

Troisième mouvement, le verbe

B : imposer, contrôler
S : être, savoir faire,
V : accompagner, générer, faire grandir

Quatrième mouvement, le temps de conjugaison

B : présent actif
S : présent actif
V : présent passif

Cinquième mouvement, la figure de style

B : assonance en [O] qui donne une impression de lourdeur pesante à l’oreille.
S : gradation de humilité à courage. On a le sentiment du sauveur qui se dresse en opposition avec le bourreau qui ne fait rien.
V : métaphore de l’enfant qui doit être accompagné pour grandir.
Immobilisme contre mouvement. Ode à l’héroïsme.

Et donc ?

Le texte manipule la réalité en rendant le manager responsable de nos actes professionnels. Le texte nous infantilise et un enfant n’a pas son mot à dire. Le texte nous place dans le cercle vicieux du bourreau/victime/sauveur or le chef est, lui aussi, sous un chef. Bourreau dans ce cercle, il est, peut-être, victime dans l’autre. Cela n’excuse pas mais ça aide à établir une relation de causalité.

Donc si nous sommes improductifs, c’est à cause du chef. Nous sommes soulagés de notre responsabilité. La défausse est facile. Qui ne l’a jamais fait ? C’est pas moi, c’est l’autre ! Pourquoi s’embêter alors qu’il y a un bouc émissaire à portée de main ? Si toute l’équipe décide de ne pas jouer le jeu, c’est le chef qui est mis en cause.

Si le chef échoue donc c’est qu’il est prétentieux, malveillant, digne de méfiance et couard. Nous avons toutes les raisons de nous défaire de ce vil personnage. Le Judas tout trouvé. Le couperet est prompt. Manquerait plus que l’équipe soit composée de 13 individus …

Nous voilà muselés car qui aurait l’audace de rejeter le sauveur avec un message aussi positivement positif ?

Cependant, rien n’est simple ni simpliste. Les qualités humaines ne sauraient se résumer en quelques mots de commandement mais tentons tout de même ! Les maîtres-mots de l’animateur comme de ses collaborateurs sont :

objectivité, dialogue, justesse

Tout les autres mots découlent de cette trinité. Nous nous devons d’être objectif et impartial en mettant de côté nos rancoeurs personnels.

Ça évite de mettre de l’émotion dans la relation professionnelle car émotion et raison sont comme soleil et lune, Elles sont rarement ensemble dans le même ciel.

La structure du texte

Elle ressemble à une technique de persuasion. Le syllogisme. Ça date d’Aristote. Il met en relation une vérité A avec une vérité B et en déduit une vérité C. Déduction logique irréfutable devant l’éternel. Oui mais … remplaçons les vérités A et B par des croyances ou des contre-vérités et la déduction logique est biaisée. C’est le sophisme.

Conclusion :

Nous sommes dans du novlangue. Nous sommes dépossédés de notre réflexion par de multiples techniques de communication qui utilisent un vocabulaire et une formulation strictement positive. Il propose un monde binaire où si tu es pas le gentil, tu es le méchant. Le novlangue emporte l’adhésion en proposant un faux choix. Le novlangue met devant un choix crucial. Le bon choix, le mauvais choix mais Il n’y a pas de troisième choix. Nous sommes crucifiés. En revanche, nous ignorons comment est développé le texte ensuite. Il faudrait lire l’article pour en savoir plus. C’est le rattrapage et le détournement possible de ce texte qui m’intéressait. Il peut être une satyre comme il peut être un texte de propagande. Que ce soit voulu ou non… Chapeau.


1se réfère à un monde sans contrainte où tout va bien
2se réfère à un monde avec contrainte où tout va bien