À la fin…

Les cloches accompagnaient le crissement des graviers qu’un pas lourd, suranné, enfonçait dans une éternité minérale. Le vieux sortait du cimetière. Il le connaissait bien. Ça eut été son terrain de jeu, ses escapades à lui et ses copains quand ils étaient minots. Ils avaient le regard fier, le front volontaire et le curé avait bien dû leur promettre tous les enfers. Quels couillons, nous étions, pensait l’ancêtre, un sourire perdu dans ses rides. Il venait d’enterrer son dernier copain. Il avait l’âme presque aussi lourde que ses paupières et voilà qu’un gaillard l’accostait.

– « Alors pépé, c’est-y pas la joie aujourd’hui ?

– Tu sais, garçon, les adieux, ça n’a jamais été mon truc mais toutes les bonnes choses ont une fin.

– C’est profond ce que tu dis pépé, ça m’étonne même de toi.

– Oh…ne sois pas si piquant, c’est un constat. souriait l’ancien. Regarde-toi, par exemple, ne dis-tu pas que tu ne t’arrêtes jamais ?

– Oui, c’est bien vrai ! le garçon bomba le torse.

– Les choses se vérifient d’elles-mêmes dans ce cas. »

Le vieillard laissait le garçon et la phrase discuter entre eux. Le gamin finira par comprendre se disait-il alors qu’il arrivait à destination lui aussi.