La hauteur d’une vague

J’ai mal au crâne, j’ouvre les yeux. La lumière m’agresse. Je fini par m’habituer et je découvre une pièce que je ne connais pas. C’est silencieux. Il y a une odeur agréable de bois et de cannelle. J’essaie de me lever. Je manque de m’étaler. Je me rends compte que je porte une espèce de pyjama et je ne me souviens de rien. J’essaie de me lever à nouveau doucement. Je fais quelques pas, l’équilibre revient. Je me dirige vers l’unique porte. J’ouvre lentement vers une pièce plus grande, l’oreille aux aguets. Je devine la salle commune par l’entrebâillement. C’est meublé chichement. Trois chaises, un tabouret, une table, un buffet, un sol de terre battue et un âtre auquel se réchauffe une drôle de créature. Je prends le temps de la détailler. De forme humaine, elle est transparente par moment, avec des reflets iridescents. Sans être imposante, elle semble musculeuse comme un félin. J’opte pour un repli stratégique.

La bestiole m’a vu. Elle s’adresse à moi :

« -Vous vous sentez bien ? Entrez. Asseyez-vous.»

Je m’exécute sans pouvoir émettre un son. L’autre reprend de plus belle :

« -N’ayez crainte. Nous ne sommes tangibles l’un pour l’autre que par brefs moments. Je vous ai fait porter jusqu’ici. Avez-vous encore des douleurs de votre chute ? »

J’opine de la tête. Elle continue :

« -Je n’ai pu que vous veiller. Cela doit bien faire deux jours depuis votre chute. Vous devez avoir envie de dormir encore. Vous souvenez-vous de quelque chose ? Je vous attend depuis trop longtemps et le temps me manque. Si vous le voulez bien, je vais vous transmettre mon histoire et votre fardeau. »

A ce moment de la conversation, je ne comprends plus rien et la drôle de rajouter :

« -Je suis depuis bien avant votre Histoire. Mon nom ne se prononce pas dans votre langue ni dans aucun spectre qui vous est naturel d’ailleurs. Je dois avoir dans les 80 000 de vos années. Il n’y a bien que Pando pour être presque aussi vieux que moi mais passons, nous reviendrons sur lui plus tard. »

Mon visage doit trahir l’incrédulité. L’entité soupire puis reprend en parlant plus doucement :

« -Vous êtes un organisme particulier. Comment avez-vous réussi à survivre et croître malgré ce handicap ? C’est stupéfiant. Comprenez bien ma joie, je n’ai aucune difficulté à communiquer avec tous les autres organismes de ce monde mais vous, vous avez une structure cérébrale différente.»

Au point où j’en suis, je me félicite d’avoir le cul sur une chaise.