Perdurer

J’ai dû faire ce chemin un bon milliard de fois. Je l’aime bien.
Il n’est pas vraiment praticable mais je l’aime bien.
J’y ai laissé des chaussures et peut-être bien un genou mais je l’aime bien.
Je l’ai découvert par hasard. En me perdant si je me souviens bien.

Il débute derrière un roncier, pas vraiment loin.
Les noisetiers lui font une haie d’honneur au besoin,

Les frênes ensuite puis les genêts, les vignons.
Un tapis gigantesque et des arbres autour pour compagnons.
Les odeurs m’emplissent. Il n’y a rien que je craigne.
Être là est un délice. La quiétude est souveraine. Elle y règne.

Alors que je dépasse les sapins, l’air s’alourdit d’humidité.
Alors que je toise les sapins, l’air s’épaissit d’humilité.
Certains sont droits tandis que d’autres penchent.

Est-ce le vestige de tragédies ? Le vent m’accompagne de manières.
Il me souffle d’avancer le nez en l’air. Les mousses gainent les branches,
véritable fourrure animale, et les lichens se prennent pour des cerfs.

Le chemin s’arrête là, au milieu de nulle part. Il ne mène pas plus loin.
Un endroit-temps où je suis quand d’autres sont colère au poing

Je l’ai découvert par hasard. En me trouvant, si je me souviens bien.
Certains le diraient impasse, cul-de-sac, ce chemin.
J’y ai laissé pas mal de blessures et peut-être bien
mon âme. Je l’ai tracé de mon seul pas. Je suis ce chemin.

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