Le piège de la bienveillance

Strangulation salutaire ? Peut-être. L’enfer est pavé de bonnes intentions. Je pensais bien faire est une défense ridicule lorsque l’intention prend sa racine dans l’absence de considération d’autrui.

Illustrons le propos. Posons le décor, voyons une personne aidante que nous appellerons Constantine et une personne aidée que nous nommerons Célestine. Constantine fera ce qu’elle juge nécessaire pour le bien de Célestine comme si c’était pour elle-même. Constantine suppose que Célestine est comme elle et donc que le cheminement de résolution est le même. Constantine impose, à Célestine, sa solution. Célestine se sent annihilée dans ce processus et elle essaie de se dégager. Constantine est outrée que Célestine puisse repousser son aide pourtant si charitable. Elle conclut que Célestine ne veut pas être aidée et commence à l’écarter. Parfois même s’ajoute un commérage car Constantine jure devant ses grands dieux qu’elle a tenté d’aider Célestine mais qu’elle l’aurait mordu en retour. Elle fait constater, à ses camarades de commérage, le manque de reconnaissance et s’achète, ainsi, une auréole. C’est le scénario dans les cas les plus avancés. Bien entendu, ce n’est pas conscient. Ce n’est pas volontaire de la part de Constantine. Du moins, espérons-le.

Lorsque Constantine, vous, moi agissons de la sorte, nous signifions à Célestine que son avis ne compte pas, qu’elle ne vaut rien. Si Célestine est confrontée régulièrement à ce genre de chose, elle n’osera plus protester de peur d’être à nouveau rejetée et sombrera dans la non-existence. Elle suivra donc les conseils des autres qui ne fonctionneront pas puisqu’ils sont des autres. Célestine finira par être persuadée qu’elle ne vaut rien. Qu’elle est bonne à rien. Que, s’il lui arrive des horreurs, c’est parce qu’elle l’a bien mérité. Voici le gouffre béant.

Jetons-y un pavé ! Qui Constantine essaie-t-elle d’aider ? N’est-ce pas la projection d’elle-même sur Célestine ? Pourquoi se sent-elle autant blessée quand son aide est repoussée ? Qui voulons-nous aider au final ? L’autre ou nous-mêmes ? Alors que faire ?

Le plus sûr serait de résoudre nos démons avant de vouloir aider autrui mais ce n’est pas toujours évident. L’urgence appelle parfois à des mesures rapides. Et dans ce cas, la plupart du temps, il suffit de se taire. Il suffit d’écouter et surtout d’entendre pour aider Célestine. Aidons-la à formuler le questionnement. Mettre le mot juste. Verbaliser la chose. L’inconnu nous effraie. Le jugement nous terrorise. Ne jugeons pas. Gardons-nous d’apporter toute solution. Écoutons Célestine plutôt que nous-mêmes puisque la première des aides est de la reconnaître pour elle-même.