Un autre siècle

Après avoir raté avec brio mon bac litteraire, couronné d’un magistral « hors-sujet » en philo, j’étais à me demander ce que je pourrais bien faire de ma vie professionnelle. Je fini par trouver une offre d’emploi d’une entreprise d’élagage.

Je réalise assez vite que c’était une entreprise qui faisait surtout de l’entretien de réseau électrique. Il fallait garder les distances de sécurité entre arbres et lignes. J’étais devenu un « lignard ». Je n’aimais pas ce travail. Mon corps ne voulait pas y aller, j’étais en retard tous les matins. Je n’aimais pas le peu de cas fait aux arbres, cette mutilation.
J’ai trouvé une formation qui pronait le respect de l’arbre. Pour pouvoir accéder au certificat de spécialisation taille et soins aux arbres, je devais déjà etre titulaire d’un diplôme délivré par le ministère de l’agriculture. Je me suis dit que quitte à grimper, autant savoir comment abattre un arbre correctement. C’est assez paradoxal, aimer les arbres et apprendre à les abattre. J’avais choisi de faire un Brevet Professionnel Agricole entrepreneur forestier. C’était une formation de huit mois en alternance et qui dit alternance, dit stage.

Mon premier stage en tant que bûcheron.

Le gars me dit : tu me rejoins à la parcelle numéro x. Tu verras une caravane. Viens lundi matin pour huit heures. Je me pointe, trouve la parcelle et enfin la caravane. Un 4×4 d’une autre époque garé sur le côté.
Deux voix masculines montent de derrière la caravane, je la contourne. Je découvre une table et deux hommes assis. Une bouteille de vin blanc en perdition et, dans la main des hommes, des verres ayant servis à l’exécution de la moribonde.
L’un m’aperçoit et me dit :

« -Approche, gamin ! C’est toi le stagiaire ? Tu as trouvé facilement ? Prends un verre, ça arrête de faire trembler la main. »

Je reste coi. Je refuse de la main. Ils finissent. Nous nous dirigeons vers la coupe. J’ai passé une journée éreintante à me demander si c’était « ça » le métier et en prenant garde de toujours savoir où ils étaient et si mes distances de sécurité étaient suffisantes. À la fin de la journée, je cherche un autre maître de stage.