Au bal de ma vie

J’ai passé mon enfance assis dans un coin, me faisant tout petit. Ne pas gêner. J’écoutais les rires des autres enfants et les regardais danser. J’étais content qu’ils s’amusent autant, tous ensemble … J’aurais bien aimé aussi.

J’étais assis là, en retrait, me disant que cela devait être bien de pouvoir faire comme ces enfants. Ils s’amusent tellement. J’avais peur de gêner. J’étais gaulé comme une ablette et n’avais pas la volonté de me défendre. Pour quelle raison l’aurais-je fait ? Les brutes de mon école l’avaient bien compris. Cela doit être ça la vie, regarder les autres danser et se prendre une danse quand les brutes s’ennuient.

Assis, spectateur de ce que pourrait être une vie. Je ne savais pas danser, trop gauche et persuadé d’être incapable d’apprendre. Il est arrivé qu’une personne, en recherche de cavalier, croisait mon regard. Je ne m’en pensais pas digne. Regarder danser me suffisait. C’est ce que je pensais… Ne pas déranger.

Quelques personnes m’ont vu malgré tout et sont venues me chercher. Chacune d’entre elles, trésor de patience, m’a appris un pas de danse. On se redresse, les épaules en arrière. On respire profondément. On relève le menton. Souple et affirmé dans ses gestes. On danse avec l’autre. On guide autant qu’on accompagne et … Un … Deux … Trois … Un … Deux … Trois.

Alors, c’est ça la vie ? Je devais juste tendre la main ? 

Je m’en faisais une montagne. 

C’est une danse.